Avec TindAIR, l'UE veut jouer les entremetteurs du ciel

Des expérimentations se dérouleront l’année prochaine en France par un consortium européen pour faire convoler des drones de transport et de livraison avec les autres occupants du ciel.

Si Tinder veut faire « matcher » ses utilisateurs, TindAIR fera au contraire tout pour empêcher les rencontres… aériennes. Ce projet de R&D, financé par l’UE, regroupe une dizaine d’entreprises et institutions de l’aérospatial françaises, britanniques, italiennes et espagnoles afin d’organiser le futur espace aérien européen. Un sacré casse-tête, car il faudra s’adapter à l’arrivée progressive d’une nuée de drones de transport de marchandises et de personnes, qui viendront s’ajouter aux avions et hélicoptères déjà présents dans le ciel. Côté français, on compte parmi les participants le leader du projet, Innov’ATM, une société d’optimisation du trafic aérien via l’intelligence artificielle, l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (Onera, un établissement public de R&D), le pôle de compétitivité Aerospace Valley, le cabinet de conseil spécialisé Skybirdsview, ainsi que la filiale de sûreté arienne d’Airbus, Apsys.

Objectif des participants : mettre en place des technologies et processus décisionnels pour éviter les collisions entre engins en organisant des couloirs aériens réservés à certains types d’appareils ou d’activité. Ce qui existe bien évidemment déjà pour les avions. Mais cette organisation, toujours basée sur une grande part de régulation par des humains, ne tiendra pas avec l’arrivée massive de drones, assure Stéphane Bascobert, président d’Innov’ATM. « On ne pourra pas mettre un contrôleur derrière chaque drone. Ce ne serait pas viable économiquement et limiterait trop l’expansion des drones. Il faudra forcément automatiser une partie, ne serait-ce que la détection de rapprochements non autorisés entre deux appareils. » Par ailleurs, les drones de transport et de marchandises devraient à terme être sans pilote, ce qui renforce aussi le besoin d’automatiser les ordres de régulation du trafic.

Prévoir l’imprévu

Le nombre de cas complexes qu’il faudra régler ne manque pas, d’autant que peu de consensus existe aujourd’hui dans l’industrie sur la meilleure manière de procéder, les réflexions sur le sujet en étant à leurs débuts. « La première étape pour que les vols en basse altitude (celle des drones, ndlr) soient autonomes est de réussir à faire communiquer automatiquement les aéronefs entre eux », précise Stéphane Bascobert. En cas de rapprochement entre deux appareils, il faudra être en mesure de donner des ordres à chacun pour résoudre le problème, en fonction de certaines priorités (les vols commerciaux sont par exemples prioritaires sur les livraisons). Innov’ATM a développé une plateforme, utilisée notamment par les aéroports de Paris, qui permet aux opérateurs de drones de déposer leurs missions et plans de vol et leur propose sans intervention humaine une alternative en cas de conflits entre deux missions.

Il faudra aussi prévoir tous les imprévus, comme la météo ou les erreurs humaines qui pourraient perturber le plan de vol d’un drone et entraîner des conflits. « Comment alerter ? Faut-il annuler la mission pour retourner au point de départ ou faire atterrir d’urgence le drone ? Auquel cas, faut-il créer des couloirs spéciaux pour dérouter les appareils ? », s’interroge Stéphane Bascobert. « C’est tout le défi de la résolution de conflits : en réglant deux problèmes, on peut en créer quatre nouveaux ».

Imposer des standards à l’UE

Pour répondre à toutes ces questions, les membres du projet TindAIR vont mener des expérimentations qui feront voler des hélicoptères et avions légers au même moment qu’un drone en mission. Deux phases de tests devraient se dérouler dans la région de Toulouse au printemps et à l’été 2022. Les scénarios d’expérimentation sont encore en cours d’élaboration, mais l’un des premiers identifiés est le transport de sang en urgence entre une clinique et un hôpital.

Ce projet, dont le budget total s’élève à 4 millions d’euros, est financé à hauteur de 3,2 millions par l’Union européenne. Le régulateur aérien européen, l’AESA, travaille sur le projet U-Space qui a les mêmes objectifs que TindAIR. Mais les membres du consortium parient qu’ils avanceront plus vite que l’administration européenne et seront ainsi en mesure de lui imposer les méthodes standards qui auront émergé de leurs travaux. Car l’organisation du ciel européen est un casse-tête, mais aussi un énorme marché.

ifeddal

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