Révélateur du couple? Source d’un baby-boom en décembre? Exacerbation des nouvelles pratiques? Les gourous de l’amour, confinés comme les autres, ont le temps d’élaborer toutes sortes d’analyses sociologiques pour décrire une lame de fond: le coronavirus revisite la relation amoureuse.

Des célibataires endurcis qui ne peuvent plus papillonner aux couples éprouvés qui ne se supportent plus, en passant par les colocataires copains comme cochons, les crushs dévergondés ou les sex-friends ayant mal vieillis, l’heure est à l’introspection.

Vraiment?

Non.

D’accord, Livejasmin, la machine à cash de Docler Holding, a un petit coup de mou,
au classement des sites les plus visités du monde, -3 places, arrivant à la 13e place avec à peine 2’23” de consultation en moyenne par visiteur
. Mais les trois seules sociétés du top 10 qui ne sont pas un moteur de recherche ou un réseau social sont des fournisseurs de contenus pornos. Xvideos (7e) devance Pornhub (9e) et Xnxx (10e).

Et encore, Pornhub, qui offre la gratuité depuis le début du confinement dans certains pays, rigole déjà: sa version de luxe, Pornhub Premium, grimpe dans les sondages. Pas encore aux rideaux, mais les internautes paient et consomment, la durée de fréquentation moyenne est quasiment deux fois plus élevée.

Il n’y a guère que Marc Dorcel qui ait fait mieux: non seulement il est devenu, dans sa bio sur Twitter, «partenaire du télétravail depuis 1979», mais il offre en même temps 5.000 sextoys et un code pour son service de vidéos à la demande.

Le réflexe Tinder

Les apps de rencontres ont des courbes… en dentelle. Le numéro 1 du marché, Badoo, dopé par ses audiences au Brésil et en Russie, n’en finit plus de regarder ses pieds, tandis que son concurrent, Tinder, est passé de la 106e place avant la crise à la 46e depuis le confinement.

Avec une particularité commune aux deux leaders: les téléchargements ont atteint des records dans les deux pays qui entourent le Luxembourg: l’Allemagne et la France.

Has been, les applications de rencontres? La rencontre du grand amour ne figure pas au rang des motifs que l’on peut cocher sur son mot d’excuse à présenter parfois au contrôle de police. Dangereux pour les uns, parce que cela incite les «consommateurs» à s’affranchir des règles censées éviter à la pandémie de continuer à nous donner la fièvre. Fantastique pour les autres, comme Judith Duportail, parce que cela oblige à prendre le temps de se connaître avant de se rencontrer.

L’ancienne journaliste, auteure du très remarqué «L’Amour sous algorithme», explique à Slate que «c’est un bon moment pour aller sur les applis de rencontres, car le dating est devenu tellement rapide que là, on va être obligé de ralentir et ça va forcer tout le monde à apprendre à se connaître. La situation rend un peu plus vulnérable, cela peut créer des conversations plus intéressantes. Ça me rappelle quand j’étais ado, j’allais chatter sur AOL, je parlais pendant des mois avec des gens avant de les voir, on avait le cœur qui battait, c’était hyper beau.»

Et Tinder, habitué selon la journaliste à bricoler ses algorithmes, a juste modifié une chose depuis le début du coronavirus: la possibilité de rencontrer gratuitement quelqu’un hors de sa zone. Si jamais cela «matche», les amoureux en puissance habiteront plus loin l’un de l’autre et cela devrait suffire à les refroidir un moment…

Bumble, nouveau venu sur le marché, s’est aussi fendu
d’un communiqué pour inciter les internautes à se contenter de virtuel
. Aimez-vous oui, mais à distance.

Fin février, dans une autre stratégie, JWed a adopté la vidéo dans le chat de son application de rencontres. Se voir, même à distance, pour inciter à patienter.

L’amour est dans le pré carré de Karine

Plus beau encore, à l’heure des cyberapéros et des chanteurs au balcon, l’animatrice star de «L’amour est dans le pré» a troqué ses «gummi stiefel» pour des crocs de salon. Karine Le Marchand diffuse sur son compte Instagram des interviews en live de célibataires pour leur offrir sa visibilité.

La stratégie de l’égérie de l’amour paysan n’est pas encore aussi populaire et beaucoup moins rentable que le nouveau porno. Souvent appelé le «porno des moins de 25 ans», OnlyFans recrute par exemple directement sur le réseau social qui appartient à Facebook ou sur Twitter.

Aucun de ces trois réseaux, souvent assez prudes, ne s’insurge contre le racolage de ces nouvelles stars, qui peuvent gagner de 1.500 à 7.500 dollars par mois, si 1 à 5% de leurs fans acceptent de payer leurs contenus exclusifs, selon les créateurs (du site).

Huit Québécoises à ne pas rater en quarantaine
, aguiche le magazine canadien de la nuit NightLife, qui donne une image du service britannique
bien différente de la sobre vision de ses créateurs
.

Les sextoys ne savent plus où donner de la tête

Les jeunes Américains ont découvert la semaine dernière une nouvelle version inspirée de «Mariés au premier regard»: avec une fausse adresse e-mail et quelques détails, ils reçoivent, dès que l’algorithme l’a décidé, un e-mail de quelqu’un qui leur correspond. Puis une vidéo. Et un SMS. Un blind-test bien rodé qui connaît la musique.

Et partout, mais surtout dans les pays où les foyers d’épidémie sont les plus virulents, les ventes de sextoys s’affolent. «En s’attendant à de possibles longues périodes d’isolement, seul(e) ou avec son ou sa partenaire, les gens souhaitent explorer de nouvelles manières d’utiliser au mieux ce temps à la maison», explique Johanna Rief, directrice des relations publiques chez Womanizer, dont les ventes sont en hausse de 50%, dans un communiqué. En France et dans les pays germanophones, les ventes ont augmenté de plus de 40% et jusqu’à 135% au Canada.

Seule mauvaise nouvelle sur ce front, la célèbre chasse aux sextoys de Wépion, près de Namur, pour retrouver 1.600 canards érotiques ou vibromasseurs, pour une bonne cause, a été annulée.

«Si le toucher était tabou à une certaine époque, il est en train de le redevenir à cause du coronavirus. La technologie va sublimer ce besoin de contact sur un espace virtuel. Pour le meilleur et pour le pire, malheureusement», prévient le président de l’Association des psychanalystes européens, Frédéric Vincent. «Un jour, il faudra bien qu’ils ressortent», prévient-il.

ifeddal

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